Chiara Ferragni - Paris Fashion Week SS17 (3)

Ça alors, je poste les photos de la fashion week de Paris Spring-Summer 2017 après celles de NYC, en squizzant deux autres villes…? Eh oui… Cette année, je n’avais pas prévu d’aller à Milan et j’ai tout simplement loupé mon avion pour Londres (on va dire que c’était hautement utopique d’espérer prendre un avion tôt le matin le lendemain d’un mariage). Quand j’annonçais à mes collègues photographes que je ne ferais pas Milan, on me répondait: « Mais pourquoi? y’a quelque chose qui ne va pas? ». Étrange question qui en dit long sur l’envers du décor… Et ca tombe bien, c’est la fin de l’année, le dernier post « street style » de ma dernière fashion week de 2016, l’occasion parfaite pour vous raconter comment ça marche dans « notre monde ».

Quand on commence la fashion week, quand on commence à faire de plus en plus de villes et qu’on connait de plus en plus de monde, c’est comme si on devait d’un coup dédier sa vie entière aux fashion weeks, tout le temps, constamment. Car si vous ne le savez pas, il y a des fashion weeks sans arrêt tout au long de l’année en dehors des plus connues (Moscou, Kiev, Lisbonne, Sydney, Tokyo, Tilibasi, Istanbul, Stockholm, Copenhague, Berlin, Seoul etc…). Moi j’en fais quelques unes, car j’aime ça, mais aussi car c’est une source de revenus. Par contre, je n’ai jamais fait les 4 villes à la suite pendant un fashion month (NY, Londres, Milan, et Paris en septembre et février) tout simplement parce que physiquement c’est impossible pour moi. J’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui y arrivent, sans pour autant éprouver la culpabilité de ne pas être là tout le temps. Je REFUSE tout simplement les proposions de magazines; à savoir, fournir 50 ou 150 photos retouchées par jour pendant 1 mois (peu importe le nombre aussi gros ou petit soit-il, c’est le fait d’avoir un minimum imposé qui me dérange), en shootant toute la journée et en éditant une partie de la nuit… c’est juste NON. Pourquoi? Trop de pression. La pression du nombre de photos (allez les faire les 150 photos sous la pluie), la deadline impérative d’envoi de photos chaque soir (et si ce soir je suis malade? genre une super migraine me rendant incapable de rester sur l’ordinateur plus de 10min, je fais comment?), l’obligation de faire les 4 villes (sans un seul jour de répit, et avec le décalage horaire en cadeau), l’interdiction d’être malade et de louper un jour, la fatigue accumulée. Je préfère de loin, faire mes photos à mon rythme, sans aucune obligation, et en écoutant mon corps. Je choisis les villes où je veux me rendre et  j’envoie à mon agence de presse photographique les photos que j’ai; si un soir je suis trop fatiguée pour la retouche (par retouche, j’entends: la sélection parmi les 2000 à 4000 clichés du jour, la retouche qui consiste à rendre une photo belle et propre, et l’éditing qui consiste à mettre des légendes pour chaque photo: qui, quoi, où, quand; tout cela prend plusieurs heures), j’envoie le lendemain. Cela ne m’empêche pas d’avoir une sélection d’environ 80 à 150 photos retouchées par jour; je travaille dur, mais je prends aussi soin de moi. Je préfère louper une sortie de défilé qu’un déjeuner par exemple. Déjà qu’on ne dort pas beaucoup, impensable pour moi de louper un repas.

On est quelques uns à être un peu à part: ni embauchés par un magazine, ni là par pure curiosité. On bosse sans rendre de compte à personne et c’est top. Mais sans vraiment le vouloir, on est tous hiérarchisés. Par rapport à notre nombre de followers, par rapport à notre matériel, par rapport au nom (prestigieux?) de notre client, par rapport à l’ancienneté sur le terrain. On doit respect aux plus « grands » comme on doit se faire respecter des plus « petits ». La loi de la jungle en fait. Pour résumer, on a des règles entre nous. Des règles qui nous permettent de bosser dans des conditions plus ou moins optimales. Si quelqu’un est en place pour prendre une photo, la moindre des choses est de ne pas passer devant lui. Quand une célébrité arrive et pose, on se place par ordre d’arrivée sur plusieurs étages: accroupis, baissés, débout, sur la pointe des pieds. Si on arrive trop tard, c’est trop tard, on doit accepter que c’est loupé et on ne pousse pas. C’est assez flagrant sur la première photo de l’article avec Chiara Ferragni (et encore il n’y a pas beaucoup de photographes sur cette photo); d’ailleurs, moi même ne suis pas toute seule de mon coté sinon je me ferais crier dessus. En fait, on doit toujours regarder derrière soi si on ne gène pas quelqu’un et on a le droit de dire à quelqu’un se mettant devant nous ou derrière un modèle de se pousser car on était là en premier. Ça peut paraitre tyrannique comme monde mais on a besoin de ces règles pour avoir des photos donnant l’impression qu’on est seul avec notre modèle. C’est un challenge encore plus difficile quand le modèle ne pose pas et que la photo est prise sur le vif (si vous nous voyez des fois traverser les routes sans regarder les voitures, on est dans une véritable chasse à la photo parfaite et unique en faisant abstraction de tout le reste). Mais certains « grands » (attention, pas tous!) prennent la grosse tête et ont un égo tellement démesuré qu’ils s’imposent un peu trop. Entre nous on les appelle ironiquement les Kings du street style; l’exemple le plus clair que je pourrais donner c’est qu’ils gueulent quand on passe devant eux et nous engueulent si on leur dit qu’ils passent devant nous avec cette magnifique réplique collector: « I have done this job longer than you ». Pire encore, les kings qui sont machos (encore une fois, pas tous). « Le street style, c’est un truc de mecs, il n’y a aucune fille qui est douée, en plus elles ne savent pas courir »; le même ayant dit dans mon dos : « Marie-Paola? Heureusement que son mec bosse en finances, sinon elle ne pourrait pas faire son hobby! ». Je ne manquerais pas de le dire à mon copain ingénieur automobile qui n’a jamais interféré financièrement dans mon job; je dois ma réussite et mon matériel uniquement à moi-même et à mon travail. Mis à part l’anecdote de la dernière phrase, le début soulève un point important. Nous les femmes photographes, on a du mal à s’imposer. D’ailleurs, de qui parle les magazines dans leurs articles sur les photographes à suivre pendant la fashion week? Toujours les mêmes et très peu de filles sont mises en avant. Pourquoi? On est pourtant BEAUCOUP de nanas super talentueuses et investies dans ce métier.

L’ambiance générale? Cela dépend des villes, ça dépend des photographes. Plus la fashion week est petite, moins il y a de photographes, plus l’ambiance est détendue et donc bonne (Copenhague et Stockholm, hors fashion month, par exemple). C’est un métier assez solitaire mais on a besoin d’interaction entre nous, on se voit tous les jours, des groupes se forment naturellement mais il est clair qu’on ne peut pas faire confiance à beaucoup de monde. C’est d’ailleurs assez fou car on se parle tous les jours avec certains et ils ne viendront jamais liker mes photos, moi je n’ai aucun problème à reconnaitre la qualité de leur travail et de leur dire quand j’aime bien une de leurs photos! J’ai bien aimé quand on a m’a dit à plusieurs reprises que mes photos sur instagram étaient sur-exposées et que je devais avoir du mal à les vendre. Peut-être qu’instagram n’est pas la vraie vie, si? Je me suis sentie obligée de rajouter dans ma description instagram que mes photos postées sur ce réseau étaient volontairement filtrées avec l’application VSCO. En fait, ils n’avaient même pas pris la peine de venir voir mon blog ou mon site. Rassurez-vous les mecs, je vends super bien mes photos! L’ambiance dépend aussi de l’avancée dans le mois de la fashion week. Au début à NYC, tout le monde est cool et relax, la fatigue ne s’est pas encore installée. Paris étant la dernière ville du calendrier, et surtout la plus intense et chargée en défilés, et la plus bondée en photographes pro ou amateurs, les choses sont un peu plus compliquées. Déjà il y a des paparazzis. Deux mondes qui s’affrontent. Rien à voir avec nous les photographes street style. Eux ont des flashs, prennent des photos à 50cm de la personne, et poussent. Nous, on a besoin de recul, de plusieurs mètres de recul. Mais à vrai dire, ils ne sont pas si gênants, car ils restent vraiment devant la porte d’entrée/sortie des défilés alors que nous on est en constante vadrouille dans les rues adjacentes. Le pire du pire, ce sont finalement les groupies et leurs selfies. A part Paris (et un peu Milan), cela n’existe pas ailleurs. Imaginez une horde d’adolescents, portables à la main, marchant devant, derrière, à coté de ceux qu’on doit photographier. L’horreur absolue pour nous car une impossibilité totale de prendre des photos.

En conclusion de cet article envers du décor, j’aimerais juste commenter une phrase qu’on me dit souvent quand je suis en fashion week à l’étranger: « tu as tellement de chance de voyager autant ». Je pense plutôt avoir la chance de faire le métier que j’aime, mais c’est une chance que j’ai provoquée. J’ai fait une école de commerce, et me suis lancée en photo à travers ce blog juste après mon dernier stage. Le jour où j’ai dit à ma mère « je vais faire de ces photos sur ce blog mon métier », elle a eu peur. J’ai eu une première année compliquée financièrement mais petit à petit, la vente de photos m’a permis de changer de matériel, puis de faire plus de villes de fashion weeks. Car je ne l’ai pas précisé plus haut mais dans la majorité des cas, on paye nous même nos déplacements à l’étranger. C’est un réel investissement permanent (argent et temps) avec un retour sur investissement assez simple: plus on fait de photos, plus on en vend. Mais comme vous l’avez compris en lisant ce post, on n’a pas le temps de faire autre chose que des photos pendant une fashion week. Photographier, Manger, Editer, Dodo. Et re, et re. Donc j’ai beau « voyager », je ne vois RIEN d’autres que mon ordinateur, le métro, et les rues des défilés. C’est un choix de vie, et c’est le mien plusieurs fois par an. Après avoir lu tout ça, vous devez vous demander pourquoi je continue si l’ambiance et l’intensité du job sont parfois difficiles à gérer mentalement et physiquement… En fait, on photographie tellement de personnes top et le rendu des photos est tellement génial avec notamment le décor qui change en fonction des villes et des pays, qu’on devient accroc au street style. Je l’avoue, je suis accroc, et je suis aussi contente quand une saison commence que lorsqu’elle s’arrête. Je suis aussi heureuse à couvrir des fashion weeks qu’à faire d’autres projets photo. Le reste du temps, je fais d’ailleurs des reportages et des shootings loin de cette folie indescriptible. Et je voyage pour le plaisir quand il me reste un peu de temps.

Je m’arrête là, vous en savez trop désormais, et vous laisse découvrir mes meilleures photos de cette dernière saison parisienne.

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