Quelle émotion de se réveiller une dernière fois dans son appartement parisien et de rendre les clés une bonne fois pour toute. Non pas pour un autre appartement, mais pour une nouvelle vie à 500km de Paris. Bon à vrai dire, cela faisait une semaine que nos affaires et meubles étaient partis, alors le camping commençait à être un peu pesant. La seule chose qui m’a fait pleurer a été de dire au revoir au personnel de la crèche de mon fils; je m’étais beaucoup attachée à cette petite structure et aux merveilleuses femmes qui s’occupaient chaque jour de lui. Merci à elles, pour tout.

Six belles années dans la capitale s’achèvent aujourd’hui. Je me vois encore faire la route début 2013, ma 206 pleine à craquer, afin de m’installer dans un petit studio près de la Madeleine. Moi la trouillarde et néophyte de Paris, je voulais un quartier ultra safe, et je ne pouvais pas mieux tomber: la même rue que l’ambassade Américaine, avec des policiers 24h/24 postés devant. JC lui, venait de s’installer au Japon, mais je n’ai pas voulu le suivre; après 3 ans à l’étranger, j’avais besoin de revenir en France et d’y faire ma petite expérience. J’allais commencer un stage dans la communication dans un gros groupe de parfums, et en profiterais pour rencontrer des blogueuses afin de faire grandir mon propre blog de street style lancé 2 ans avant. Instagram débutait timidement à l’époque, les blogs étaient eux à leur apogée. Je rêvais d’une carrière dans la comm dans le luxe, et puis finalement, mes plans ont changé. Plusieurs fois. Je n’ai pas vraiment cherché d’emploi à la fin de ce stage, j’ai plutôt voulu continuer à apprendre dans le domaine de la communication et l’information en suivant une formation à distance, et je me suis beaucoup concentrée sur mon blog et la photographie. Cela a marché tout de suite, fin 2013 je créais officiellement mon statut d’auteur et intégrait dans la foulée l’équipe d’une agence de presse photographique, afin d’y mettre en vente mes street styles de fashion week. JC est rentré du Japon et nous nous sommes installés dans un 2 Pièces dans le marais. Un 1er étage sur cour plein nord que nous avons refait entièrement, notre petit cocon que nous avons aimé pendant 3 ans, où Donut a d’ailleurs fait son apparition. Et puis, notre Loulou a décidé d’arriver dans nos vies et nous avons emménager 2 mois avant mon terme dans le premier appartement trouvé, dans le même arrondissement mais sur l’ile Saint Louis. Que dire, j’ai de la chance d’avoir un oncle et une tante qui se sont portés successivement garants pour moi, car vous savez ce que c’est quand on n’a pas de CDI, on n’a pas de dossier solide pour une location. On a déménagé à pieds et en (feu) autolib. Tout pour être heureux, un bel appartement au 5e étage plein sud avec un balcon filant et surtout un ascenseur. Le loyer aussi était beau, il a doublé en fait. Ce qui au début était gérable, l’était beaucoup moins quand les charges avec un enfant augmentent (notamment le coût de la crèche), et puis sans surprise j’ai beaucoup moins travaillé en fin de grossesse et début de maternité.

Le bébé est né, et je crois qu’à ce moment, j’ai commencé à réaliser que malgré les merveilleux cotés de Paris, il y avait des inconvénients qui ne sautent aux yeux qu’avec un poupon. La pollution déjà, les espaces minuscules, la canicule, l’absence d’ascenseurs dans le métro, le manque d’espaces verts et l’état de ceux-ci (on adore quand son enfant ramasse tous les mégots), et puis il y a eu la hausse annuelle du loyer au printemps dernier, et plus ton loyer est élevé, plus la hausse est importante (selon l’indice de référence des loyers). Bref, je crois que ça a été la goutte d’eau. J’ai commencé à regarder les annonces pour d’autres appartements dans Paris. Mais finalement, déménager coute cher, refaire un dossier est assez laborieux, changer de crèche quand on a la chance d’en avoir une est une folie. Alors, j’ai commencé à réfléchir et à partager mes doutes sur Paris à JC, et l’idée de partir vivre à la campagne, retrouver une vie simple, profiter de notre famille, déconnecter des futilités, avoir un jardin et des poules, cultiver nos légumes, respirer un air plus pur. Chaque jour, je me demandais si c’était une bonne idée ou pas, Paris a tellement à offrir. Sorties culturelles, restaurants, modèles à rencontrer et shooter. N’oublions pas que vivre à Paris facilite beaucoup mon travail et mes déplacements. Mais en y réfléchissant, je me suis aussi rendue compte que je ne profitais plus du tout de Paris niveau sorties, et que professionnellement certaines semaines, je ne travaillais pas alors à quoi bon payer un loyer une fortune pour rester chez soi? Si je dois ou veux revenir à Paris 1 ou 2 jours, je pourrais toujours en fait. Cela me reviendra finalement moins cher de payer le train et une nuit d’hôtel que de vivre ici. Et je pense que je profiterais beaucoup plus de Paris lors de petites escapades: seule pour y voir mes amis et faire des shoots pour moi, ou en couple et apprécier la richesse culturelle de la ville.

Et surtout, j’ai beaucoup changé. Mes valeurs ont pris un virage à 180° et mes choix de consommation aussi. J’ai eu l’impression à un moment de vouloir faire plus mais de ne pas y arriver car le fait de vivre à Paris était un barrage (toujours ce manque de temps et d’espace). Et si finalement, je recherchais un nouveau sens à ma vie? Après une liste complète de pour et contre, il a fallu décider où partir. Je crois qu’au fond de moi je le savais depuis le début mais était-ce le bon choix? Qu’allait en penser JC? Lui qui rêve de vivre à Shanghai ou San Francisco, j’allais à contre courant. Bien sûr qu’il a eu peur, encore plus que moi car l’idée ne lui avait pas vraiment traversé l’esprit. Moi j’étais déterminée et en quête de changement, loin des mois qui se suivent et se ressemblent, loin du train train platonique dans lequel on s’était affalé. Dans ma tête, plus j’y pensais, moins je supportais Paris. Mais d’un autre côté, plus les échéances approchaient, plus j’avais peur de faire le mauvais choix, surtout que cette décision reposait sur mes épaules. Le jour où j’ai annoncé à la crèche que nous partions, ou celui où nous avons déposé le préavis de départ de notre appartement si « parfait », bien sur que j’ai eu peur. Mais j’imaginais aussi notre nouvelle vie, j’en rêvais tellement, qu’elle parut évidente. Finalement, le plus dur est de prendre la décision. Le reste est ensuite pris dans un tourbillon de préparatifs. Vite, je l’attendais ce départ.

La Bretagne, une évidence. Quelle chance inouïe, un véritable privilège même, d’avoir une maison à la campagne qui nous y attendait. Celle de ma grand-mère décédée il y a une quinzaine d’années. Il y a des travaux à faire (le plus écolo possible, promis je vous raconterai tout par ici), mais pas d’achat, pas de recherche de location ni de dossier à prévoir. Un bon nouveau départ pour un couple avec bébé cherchant à fuir une grande ville qui n’a plus rien à lui apporter. Ce qui est étrange dans mon entourage, a été cette question récurrente: « Mais vous allez faire comment pour le travail? ». Mais les gens, je vous explique que quitter Paris est une nécessité (en partie financière certes, mais plus encore) et au lieu de nous féliciter, de nous encourager ou encore de nous souhaiter un bon déménagement ou un début de nouvelle vie, vous êtes obsédés par nos vies professionnelles. Bien sûr que le travail est important, l’argent est le nerf de la guerre mais il ne fait pas tout. Est-ce une marque d’inquiétude de poser cette question? Ou peut-être de l’incompréhension? Peu importe. A nos ages, personne n’a à s’inquiéter pour nous et encore moins douter de nos décisions qui ne concernent que nous. On a le droit, si on peut se le permettre, de penser à nous et notre bonheur un petit peu. On a le droit de quitter Paris sans avoir trouvé un nouveau travail. En fait, pendant des années on s’est laissé prendre au jeu du boulot-métro-dodo et on veut en sortir. Comme quand on s’était rencontré avec JC il y a plusieurs années en Espagne. On allait voir la mer en rentrant du travail, on avait une vie simple. A Paris, le temps file, JC avait 1h15 de transport matin et soir, on ne sortait pas, on ne voyait pas vraiment nos amis, on passait à côté de nos vies en fait, et le temps passe, les années se ressemblent. Oui, j’ai peur de m’ennuyer en Bretagne, vu qu’à Paris on avait tout « en bas de chez soi ». Si on voulait aller au théâtre un soir, on avait l’embarras du choix. Si on voulait se faire livrer un repas, rien de plus simple qu’un clic. Disons que nous allons troquer ces petits conforts pour d’autres que nous n’avions pas: une qualité de vie, une maison, un jardin, l’océan. JC veut apprendre à faire du bateau pour nous emmener en virée, ou pour partir en virée tout seul d’ailleurs. Moi, je réfléchis encore à ce que je vais faire. J’ai tellement d’idées: prendre des cours de cuisine, faire de la natation, lancer une brocante en ligne pourquoi pas (chiner c’est ma passion), et faire évoluer mon métier. Je compte évidemment me faire un réseau pro en Bretagne mais pas pour autant tirer un trait sur celui de Paris, bien sur que non. Je reviendrai à Paris ponctuellement si on me propose un shoot intéressant, je ne veux pas que mes clients m’oublient parce que je suis à 3h de train; non, cela est de ma responsabilité aujourd’hui de gérer la distance. Cela dit, est-ce que je vais continuer les fashion weeks? Je ne sais plus. Encore une fois, je n’ai plus les mêmes attentes du milieu, je me suis lassée de la redondance de ce type d’évènements, des gens et ne nous mentons pas, c’est très fatigant et physique comme activité. Peut-être aussi que je me sentais étouffée par la saturation du marché à Paris, les lieux identiques chez tous les photographes, la mise en compétition par rapport à notre nombre de followers plutôt qu’à notre travail. J’attends beaucoup de changement au niveau de ma créativité, repousser mes limites, tester de nouvelles choses, explorer de nouveaux lieux. Je compte aussi faire évoluer mon univers personnel et parler plus de sujets quotidiens ou d’actualité. J’adore écrire ici, alors ce blog continuera mais autrement et plus assidument. Sans surprise, Instagram et son opulence de surconsommation et de tranches de vie futiles et inutiles m’insupportent, j’ai envie de retrouver plus de temps pour moi plutôt que d’en perdre bêtement sur ce réseau. Bien sur que je vais continuer à l’utiliser, mais je vais aussi arrêter de suivre certains comptes, faire du gros tri. Je ne comprends pas l’intérêt de montrer les moindres moments de sa vie, ni celui d’accepter n’importe quel partenariat « parce qu’il faut bien gagner sa vie » ou encore cette nécessité de reproduire les mêmes photos que les autres « car ça fait du like »; orienter sa vie et la photographier dans l’unique but de la partager sur ig, désolée mais c’est trop pour moi. Donc voilà, consommer moins va s’appliquer dans tous les domaines de ma vie désormais, même si j’ai bien avancé du côté de l’alimentation et de l’habillement, internet sera ma prochaine étape! Je préfère finalement l’ambiance du blogging, sans prise de tête, avec le temps de lire un article jusqu’au bout chez ceux dont on apprécie l’univers, plutôt que se de perdre sous une montagne de posts éphémères dont on ne retiendra rien à la fin (à part peut-être un sentiment d’overdose, ou parfois même de frustration; dans les deux cas c’est mauvais).

Six ans après, nous partons donc vers une toute nouvelle vie. Ma 206 a été remplacée par un camion de 25m3 et nous avons dans nos bagages un petit garçon, un chat et de nombreux souvenirs. J’ai profité de la vue de notre appartement ou encore celle de la Seine depuis le Pont Marie jusqu’au dernier jour. J’ai aimé cette vue avec ses couleurs changeantes selon les heures et ses péniches; bien sur que je réalise la chance que j’ai eu de vivre au cœur de Paris, mais je n’oublie pas non plus l’odeur de la pollution qui prend à la gorge dès le milieu du pont, et le bruit incessant jour et nuit. Finalement, ce pincement au cœur que je ressens actuellement en quittant ce nid, est uniquement du à la nostalgie de nos moments en famille avec l’arrivée de notre premier enfant. Comme si quitter cet appartement allait les effacer. Ils sont pourtant à jamais gravés dans nos têtes, cœurs et disques durs. Alors en route, notre nouvelle vie plus connectée à l’essentiel nous attend, et nos nouveaux souvenirs que nous allons créer dans ce nouveau foyer aussi. On a peur, mais on y va, ensemble.

Au revoir Paris. Et merci pour tout .